4 juin 2000 Alexandre Cloutier : La bonne piste
Le patinage de vitesse l'a mené au cyclisme
Jean-François Tardif
Alexandre Cloutier a mis du temps avant de trouver un sport qui le passionnerait. Et quand il a découvert le patinage de vitesse sur courte piste, il a vraiment cru que c'est sur la glace qu'il accomplirait ses plus beaux exploits. Pourtant, c'est sur un vélo qu'il se signale le plus aux niveaux national et international.
"Au début, le vélo était un complément d'entraînement au patinage de vitesse", a raconté Cloutier, qui avait auparavant goûté au baseball, au soccer, au judo et au plongeon. "Je m'y suis adonné parce que mon père et mes amis patineurs en faisaient. Mais j'y ai rapidement pris goût. Et j'ai commencé à faire de la compétition.
"Ce n'était pas vraiment évident puisque les saisons de patinage de vitesse et de vélo se chevauchaient. Et je savais qu'un jour ou l'autre je devrais faire un choix. Finalement, je n'ai pas vraiment eu à le faire. À 15 ans, je me suis blessé au dos et j'ai dû arrêter de patiner pendant un an. Pendant cette période cependant, j'ai pu continuer à faire du vélo et à bien progresser."
Aujourd'hui âgé de 26 ans, Cloutier avait 16 ans lorsqu'il a renoncé définitivement au patinage de vitesse. Classé parmi les 16 meilleurs juniors au Canada, c'est avec difficulté qu'il mit fin à sa carrière. "Je tripais beaucoup. Et même si je n'ai jamais été un casse-cou et un maniaque de vitesse, j'aimais beaucoup le feeling que j'avais sur la patinoire, cette sensation d'aller toujours plus vite grâce aux efforts physiques que je déployais.
"J'avais toutefois une décision à prendre et je n'ai jamais regretté mon choix. Faut dire que j'ai retrouvé en vélo ce que je recherchais en patinage. Voir défiler de plus en plus rapidement les lignes sur l'asphalte grâce au seul travail de ton corps, ça c'est quelque chose de spécial. Depuis, je n'ai jamais refait de patinage de vitesse."
Cycliste sur route à ses débuts, Cloutier s'est par la suite initié à la piste, une spécialité pour laquelle il a eu le coup de foudre. Guère surprenant puisqu'elle a de nombreuses similitudes avec le patinage de vitesse sur courte piste. De plus, il y connut des succès immédiats comme en témoignent ses titres en poursuite, à la course aux points, au sprint et au contre-la-montre (kilo) lors des championnats québécois juniors de 1990. Aujourd'hui, le Fidéen compétitionne autant sur route, où il porte les couleurs de l'équipe Volkswagen, que sur piste, où il s'aligne pour la formation du Québec.
"Au niveau de l'entraînement, ça m'oblige à oublier la quantité pour la qualité. Un coureur sur route se doit d'additionner les kilomètres. Ce n'est pas mon cas. Je passe beaucoup d'heures à l'entraînement, mais comparativement à bien des coureurs, je ne suis pas obligé de faire 200 km par jour. En revanche, je fais beaucoup d'exercices d'intervalles. Mon programme, c'est Éric Van de Eynde qui me l'a monté."
Bon an mal an, il se tape quand même entre 12 000 et 15 000 kilomètres. "Ce n'est pas difficile pour moi de rouler autant. À preuve, j'ai encore le goût de continuer à m'entraîner lorsque ma fin de saison arrive. Il n'y a que lorsque les conditions météo ne sont pas trop bonnes que je trouve cela plus dur."
Malgré ses succès sur route, c'est sur piste que Cloutier est voué à un plus bel avenir. "À cause de mon gabarit, je grimpe comme une roche. J'ai bien tenté de devenir un meilleur grimpeur, mais sans succès. Heureusement, j'ai fait mieux au niveau de mon endurance où je suis maintenant pas pire. Je suis pas mal plus à l'aise en piste. J'ai mérité le titre de champion provincial senior au cours des deux dernières années. Et même si j'étais malade lors des championnats canadiens de 1999, j'ai fini cinquième à la course aux points."
Comme bien des cyclistes sur route, Cloutier a aussi un jour décidé de goûter au vélo de montagne. Pas question cependant de goûter aux joies de la compétition. "Je fais du vélo de montagne pour avoir du plaisir. Mais je ne me vois pas du tout souffrir dans la nature. Non, il n'en est pas question."
Ça va changer
Alexandre Cloutier a fait son choix. Dès l'année prochaine, c'est sur les épreuves sur pistes qu'il se concentrera.
"Jusqu'ici, c'était impossible au Québec de faire uniquement de la piste puisque nous n'avions pas les équipements nécessaires. On en a eu jadis à Montréal, le Vélodrome, mais il a été remplacé par le Biodôme. Il y a quelques années, on a construit une piste à Bromont. Mais parce que les instigateurs du projet n'ont pu profiter d'investissements importants, celle-ci n'a jamais offert les avantages des pistes de l'Ouest. Elle n'est bonne que pour l'entraînement. Mais ça va changer."
Comme bien des cyclistes, il a appris que Bromont deviendrait un centre national d'entraînement en cyclisme. Parmi les projets annoncés, il y a la construction d'une nouvelle piste de même que des vestiaires et une salle d'exercices et de musculation. "C'est très encourageant. Nous pourrons nous entraîner dans de meilleures conditions. De plus, le Québec va pouvoir tenir des épreuves importantes. Nous n'aurons plus besoin de nous expatrier pour compétitionner régulièrement."
Les spécialistes de la piste sont rares au Québec. Il ne faut donc pas se surprendre que cette spécialité soit méconnue du grand public. Et parmi la minorité de gens qui savent en quoi elle consiste, plusieurs pensent qu'elle ne compte qu'une épreuve: la poursuite.
"C'est normal, c'est la seule présentée à la télé pendant les Jeux car c'est la plus spectaculaire. C'est d'ailleurs pour cette raison que les gens connaissent Curt Harnett et pas les autres membres de l'équipe nationale."
Bricolage et cinéma
Cloutier ignore combien de temps encore il fera de la compétition. "Je préfère prendre les années une à la fois. Ça fait déjà quelque temps que je songe à arrêter afin de penser à ma vie personnelle et professionnelle. Il y a tellement de choses que j'aimerais faire. Comme finir mon bac en génie mécanique. À moins que je ne décide de m'orienter dans un autre domaine du génie."
Mordu de bricolage et de cinéma, Cloutier insiste pour dire que ce qu'il recherche avant tout est une vie équilibrée. Il ne se gêne d'ailleurs pas pour avouer qu'à chaque fois que l'occasion se présente, il décroche du cyclisme.
Interrogé sur ses plans d'athlète lors de son après-carrière, il a indiqué qu'il continuerait toujours de rouler sur son vélo. "Mais simplement pour le plaisir. Il n'est pas question que je compétitionne dans des épreuves pour vétérans. Je vais plutôt me trouver une gang avec laquelle je vais faire des sorties sur route et partager ma passion."
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