Je souhaite faire vivre chez vous le même sentiment de révolte que je vis

« C'est à partir d'un sentiment de révolte que je vous écris. Un cycliste est décédé jeudi dernier et il s'appelait Jean-Guy. Je le connaissais et l'appréciais beaucoup. Ce n'était pas un ami ni un proche, mais c'était quelqu'un que je côtoyais dans l'espace public. J'ai de très bons souvenirs avec lui et je regrette qu'il soit parti. C'était un homme très respectueux des autres et de la différence. Son histoire de vie n'était pas des plus joyeuses, mais il cultivait l'espoir et continuait à se projeter dans un futur heureux. Jean-Guy est l'un des nombreux symboles de résilience.

Loin de moi l'envie de jeter le blâme sur le conducteur ou la conductrice, je crois que collectivement, nous devrions tenter de saisir l'injustice derrière cet accident. Plusieurs parlent de « culture de l'automobile » pour décrire le comportement de certains usagers de la route. Comme plusieurs, j'ai moi aussi fait l'expérience de mauvaises rencontres. Que ce soit les dépassements à moins de 1,5 mètre, les insultes ou autres formes d'intimidation, je crois que ces phénomènes nous sont communs. Pour certains automobilistes, nous représentons le danger, puisque nous sommes vulnérables. Il n'est pas faux de dire que nous sommes vulnérables, mais je ne crois pas qu'avec notre monture de 15 lbs nous soyons la source du danger. La réelle source du danger est la vitesse, le désir de traverser le plus rapidement possible l'espace. Les voitures aliènent notre rapport à l'espace-temps, du moins c'est ce que la bicyclette m'a permis de comprendre.

Mon message est politique. Je souhaite faire vivre chez vous le même sentiment de révolte que je vis lorsque je pense à cet accident. La mort de Jean-Guy est politique. Elle est injuste et aurait pu être évitée. Elle est causée par la négligence, par la distraction, par l'empressement. Bien qu'un changement de réglementation aura bientôt lieu, il faut que nous changions collectivement notre rapport à la route et que nous avions à représenter la bicyclette comme un moyen de transport légitime.

Il n'est pas normal que la première chose qu'on me dit lorsque je propose le vélo comme moyen de transport soit : « ouais, mais j'ai peur de rouler à côté des chars... ». Ce sentiment de peur, face à un véhicule, est la représentation même de la domination des automobiles sur les routes. Ce fait n'est pas naturel et peut être changé. Il est le résultat de mauvaises décisions urbanistes. Il est le résultat de l'accélération de notre quotidien, d'un horaire surchargé, causant une fatigue mentale et physique.

Le problème n'est pas individuel, il est collectif. Je ne souhaite pas pointer du doigt les automobilistes ni valoriser à outrance les cyclistes. Je souhaite seulement qu'ensemble, nous arrivions à problématiser le partage de la route. J'aimerais que l'on se questionne sur notre rapport à la route, l'expérience que nous en faisons. Qu'est-ce qui fait un « bon usager » de la route ? Qu'est-ce qui fait un « mauvais usager » ? Appartient-elle réellement aux véhicules motorisés ? Quelles sont les expériences d'intimidation que vous avez vécues ? Arrivez-vous à résister face à cette intimidation ? Que dites-vous, ou aimeriez-vous dire, aux mauvais usagers ? »

Publié sur la page facebook Le lobby cycliste, 21 mars


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